Yoga Sutra

Publié le : 30 mai 2022
yoga sutra

Les Yoga Sutra

Le Yoga sutra ou Yogasūtra (sanskrit en devanāgarī : योगसूत्र) on emploie aussi le pluriel : Les Yoga sutra (Yogasūtrāṇi), de Patañjali, abrégé Y.S., est un recueil de 195 aphorismes (sūtra), phrases brèves, laconiques, destinées à être facilement mémorisées. Ce texte qui comprend 1161 mots est la base du système philosophique appelé yoga, yoga de Patañjali ou encore sāṃkhya-yoga  en raison de sa connexion intime avec le darśana (point de vue/méthode) appelé sāṃkhya.

Cette œuvre, probablement rédigée ou compilée entre 200 av. J.-C. et 500 apr. J.-C. est le texte qui a codifié ou systématisé le yoga et sur lequel s’appuie le rāja yoga (yoga royal). Son influence sur la philosophie et sur la pratique du yoga est aussi forte aujourd’hui que lorsqu’elle a été écrite.

Les 195 sūtra sont répartis en 4 chapitres (pāda) : Samādhi pādaSādhana pādaVibhūti pādaKaivalya pāda.

  1. Samādhi pāda
  2. Sādhana pāda
  3. Vibhūti pāda
  4. Kaivalya pāda

 

Samādhi pāda, chapitre de la concentration qui conduit à la contemplation

Ce premier chapitre est composé de 51 sūtra (aphorismes). L’auteur y décrit le yoga et ensuite les moyens d’atteindre le samādhi. Ce terme se réfère à un état bienheureux où le yogin est absorbé dans l’unité : union avec le dieu personnel (Īśvara) ou absorption dans l’absolu (brahman).

Ce chapitre commence par : atha yogānuśāsanam : « maintenant, l’enseignement du yoga commence », autrement dit « voici l’enseignement traditionnel du yoga.» Y.S. 1-1.

Puis dès le deuxième aphorisme la définition du yoga est donnée : yoga cittavṛttinirodhaḥ. Littéralement: « Le yoga est l’arrêt des activités de la pensée. » (citta vṛtti, fluctuation du psychisme). En d’autres termes : « le yoga consiste à suspendre l’activité psychique et mentale. » Y.S. 1-2.

 

Sādhana pāda, chapitre de la pratique (spirituelle)

Ce deuxième chapitre est composé de 55 sutra. Sādhana signifie « pratique d’une discipline spirituelle ». L’auteur décrit deux formes de yoga : kriyā yoga (yoga des techniques) et aṣṭāṅga yoga, le yoga à huit branches dont les quatre premières correspondent au haṭha yoga

Le kriyā yoga

Le kriyā yoga, ou yoga de l’action est la pratique de tapas (ardeur dans l’ascèse), de svādhyāya (étude des textes sacrés) et de īśvara-praṇidhāna (dévotion au divin). La pratique combinée de ces trois points a pour effet de diminuer l’emprise des cinq kleśa (afflictions). Suivent diverses techniques spirituelles : distinguer l’impermanent du permanent ou encore l’illusion du réel, annihiler le sentiment de son importance ou encore celui de son individualité (ahaṃkāra), méditer, dissocier celui qui voit de ce qui est vu.

 

L’aṣṭāṅga yoga

Voici les huit « membres » (aṅga), étapes ou branches du rāja-yoga, telles que recensées par Patañjali dans l’aṣṭāṅga-yoga :

1- Yama:

Les devoirs moraux élémentaires envers les autres comme envers soi-même (attitudes justes fondamentales ; les Lois de Manu précisent qu’il faut « que le sage observe constamment les devoirs moraux (Yamas) avec plus d’attention que les devoirs pieux (Niyamas), celui qui néglige les devoirs moraux déchoit même lorsqu’il observe les devoirs pieux ») :

2- Niyama

Se discipliner et se mesurer dans la pratique quotidienne (« observances/disciplines du corps et de l’esprit ») :

3- Āsana

Être fermement et tranquillement assis, être dans une posture (âsana) « stable et agréable »)

4- Prāṇāyāma,

Ne plus respirer inconsciemment. Patañjali définit la respiration yogique comme étant longue et fluide.

5- Pratyāhāra,

Le bien-être non dépendant du conditionnement des sens (harmonisation ou retrait des sens).

6- Dhāraṇā, dhāraṇā 

Est la concentration (une aptitude à soutenir l’attention sans se laisser distraire.) sur l’activité du mental, des émotions, de la posture, ou du souffle. Il s’agit de l’écoute subtile des sensations, de la respiration, des pensées qui passent, ou ne passent pas. Par la concentration, on crée un point d’ancrage permettant à la conscience de dompter et de contenir les flux mentaux pour accéder ensuite à la méditation (dhyâna)

7- Dhyāna,

C’est la méditation. Pratyāhāra (retrait des sens) est associée au mental, dhyâna (méditation profonde) est associée à la présence à Soi. Les flux mentaux sont éliminés par la conscience fixée en un seul point grâce à la concentration (dhâranâ) préalable.

8- Samādhi,

« C’est l’aptitude à devenir un avec l’objet perçu », l’établissement de la conscience, l’état d’unité, l’équanimité. La conscience a rejoint l’Absolu (elle se libère de la Nature/Prakriti et de ses phénomènes), alors que le dhyāna est encore dans la dualité. C’est l’état de contemplation profonde. Mircea Eliade nomme cet état enstase, par opposition à extase.

 

Vibhūti pāda, chapitre des « pouvoirs » (siddhi)

Ce troisième chapitre est composé de 55 sūtra. Vibhūti est un mot sanscrit pour « pouvoir » (siddhi) ou « manifestation ». Ce livre décrit des états supérieurs de conscience et les techniques de yoga pour les atteindre. Cependant, ces siddhi sont un obstacle sur la voie de la libération (kaivalya).

Kaivalya pāda, chapitre de « la libération » (yogique)

Ce quatrième et dernier chapitre est composé de 34 sūtra. La traduction littérale de kaivalya : « isolation, solitude », est à prendre dans son contexte, comme la plupart des mots sanskrits. Dans son acception technique, il signifie ici « émancipation, libération », il est interchangeable avec mokṣa (« libération »), qui est le but du yoga.

 


Pour aller plus loin, une petite liste de livres…

 

Lumière sur les Yoga Sutra de Patañjali de B.K.S. Iyengar ( éditions Buchet, réedition 2012 )

Freud et le Yoga

Freud et le yoga de T.K.V. Desikachar et Hellfried Krusche
éditions Agamat 2009

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